Samedi 22 novembre 2025, à 17h41 (heure française), le président de la COP 30, André Corrêa do Lago, frappe trois fois de son marteau. Le texte final est adopté. Ce geste est immédiatement accueilli par le mécontentement de nombreux diplomates dans la salle, dont ceux de la Colombie, du Panama ou de l’Union européenne. Ils accusent le président d’avoir adopté le texte final sans leur avoir accordé la parole, et affirment n’avoir jamais donné leur approbation à cet accord final.
Devant cette révolte, Monsieur Corrêa do Lago décide de faire reprendre la plénière. Il tente de s’excuser et se justifie tant bien que mal, invoquant le manque de sommeil et son âge avancé. Toutefois, rien ne change concernant le texte final. Il est considéré comme adopté au consensus, tel que présenté quelques heures auparavant. Pour beaucoup de diplomates, c’est la stupéfaction. À la colère, s’ajoutent la sidération et l’incompréhension de ce qui vient de se passer sous leurs yeux : leur demande de parole et leur opposition au texte n’ont pas été prises en compte par le président de la COP.
Un contexte délicat
Mais que contient ce texte final ? Et dans quelles conditions a-t-il été adopté ? Quelques mois avant le début de cette COP, un groupe de scientifiques, dont d’anciens membres du Groupe d’expert intergouvernemental pour le climat (GIEC), avait alerté sur la désormais impossibilité de respecter la limite du 1,5 °C, adoptée 10 ans auparavant avec les Accords de Paris. Cette information s’ajoutait à une autre nouvelle alarmante : l’année 2024 fut la plus chaude jamais enregistrée.
Pour ce qui est de la géopolitique et de la diplomatie, Donald Trump, qui avait déjà fait sortir son pays des Accords de Paris pour la deuxième fois, avait annoncé l’absence de tout représentant étatsunien à Belém. Autre sujet de débat avant même le début des négociations, la présence accrue de lobbyistes du secteur des énergies fossiles. Ils étaient plus de 1600 à prendre part aux pourparlers, représentant un des plus importants groupes d’émissaires, délégations nationales incluses. Enfin, l’Union européenne a raté son arrivée au Brésil, en rendant son plan climatique quelques jours seulement avant le début des négociations.
Ainsi, dix ans après les Accords de Paris, dans un cadre propice à d’ambitieuses avancées aux portes de l’Amazonie et dans ce contexte d’urgence climatique, les attentes étaient grandes. Entre la sortie des énergies fossiles et la réduction de la déforestation, en passant par la limitation de la hausse des températures à 1,5 °C, il faut dire que les possibilités d’agir ne manquaient pas.
Deux semaines riches en événements
La COP 30 de Belém a donc débuté dans ce contexte délicat le 10 novembre 2025, et a aussitôt été marquée par d’intenses événements, à commencer par la manifestation des peuples autochtones, le lendemain. Quelque 300 manifestants sont venus protester en tentant de forcer l’entrée de la COP et de la zone bleue où se tiennent les débats. L’objectif était de se faire entendre et de dénoncer leur situation face à la duplicité du gouvernement brésilien. La COP 30 était pourtant annoncée comme novatrice dans ce domaine et le président brésilien Lula da Silva, avait convoqué un nombre important de représentants des populations autochtones. Mais les manifestants ont dénoncé une sélection de délégués alignés sur les politiques gouvernementales, non-représentatifs de la majorité. Or, ces populations sont les premières concernées par les politiques d’exploitation pétrolières et de déforestations qui mettent en danger leur condition de vie. Cette manifestation d’ampleur qui a fait le tour du monde, n’a pas semblé atteindre l’esprit des négociateurs et a en quelque sorte été ignorée des débats.
Une dizaine de jours plus tard, un autre événement est venu perturber l’organisation de la COP 30. Un incendie s’est déclaré le jeudi 20 novembre, forçant l’évacuation de milliers de personnes et l’intervention des pompiers. Si l’on ne connaît pas encore les causes de cet incendie, les conséquences ont été immédiates. Les pourparlers n’ont pu reprendre que le lendemain, jour officiel de clôture des débats.
Absence de mention d'une sortie des énergies fossiles
Mais le retard des négociations a surtout été causé par les habituels conflits d’intérêts entre les différents groupes de pays. Pour Monique Barbut, ministre française de la Transition écologique, les responsables des blocages sont les pays pétroliers comme la Russie, l’Inde ou l’Arabie Saoudite. En effet, deux jours avant la fin prévue des négociations, un brouillon d’accord laissait apparaître des possibilités pour une sortie des énergies fossiles. Si elles étaient insuffisantes, elles constituaient tout de même une avancée.
Pourtant, le 21 novembre, la présidence de la COP dévoile un nouveau brouillon de texte ayant pour but de favoriser le consensus. L’échec est total. Cette nouvelle ébauche exclut totalement la mention de sortie des énergies fossiles et de la déforestation, et ne fait que raviver les tensions. La première à réagir est la ministre colombienne de l’environnement Irene Vélez Torres. Elle quitte la salle des négociations, remplie de colère, déclarant ne pouvoir accepter un texte qui ne traite pas des vrais problèmes et nie la vérité, à savoir “que les combustibles fossiles sont responsables de plus de 80 % des émissions qui provoquent le changement climatique”. Même réaction pour Monique Barbut qui trouve inacceptable l’adoption d’un texte n’incluant pas la mention d’énergie fossile et de déforestation. Les membres de la société civile sont tout aussi déconcertés.
Quelques avancées mitigéeS
Malheureusement, le samedi 22 novembre, lorsque retentissent les trois coups de marteaux signifiant l’adoption définitive du texte d’accord, celui-ci n’a pas bougé. Il inclut toutefois quelques avancées non-négligeables, à commencer par le triplement du fonds d’aide à l’adaptation au changement climatique. Mais encore faut-il savoir quoi tripler comme le fait remarquer Réseau Action Climat. Un nouveau fonds a également vu le jour. Il s’agit du Forêts tropicales pour toujours (FTT), implémenté par le Brésil et visant à récompenser financièrement les pays préservant leurs écosystèmes forestiers.
Un autre véritable progrès est à noter. Il s’agit de l’inscription d’une transition juste au cœur de l’action climatique. Elle vise à la reconnaissance des droits du travail, de la santé ou encore de l’éducation des travailleurs concernés et de toutes les personnes et pays vulnérables, marginalisés, qui devront être accompagnés dans la transition vers un monde durable.
Pour Gaïa Febvre, de Réseau Action Climat, la COP 30 a montré une nouvelle fois que “le multilatéralisme est en détresse et la diplomatie qui a été menée essentiellement derrière des portes closes n’a pas permis de renforcer la confiance dans le processus de la COP”. Si le président brésilien Lula da Silva voulait faire de cette conférence la meilleure de toutes, l’accord final et les conditions dans lesquelles il fut négocié ont sans doute fait tomber la COP 30 parmi les pires de l’histoire.





